Pour vivre heureux, vivons cachés ?, c’est sans doute la devise des contribuables fran?ais qui transfèrent chaque année tout ou partie de leur bas de laine dans des pays étrangers…
Ce go?t prononcé pour l’exotisme a pour principale motivation d’échapper à l’imp?t sur les plus-values et à l’ISF. Selon les chiffres de Bercy, ce sont près de 200 milliards d’euros qui auraient fui le territoire fran?ais depuis 1988. Hormis des ONG, des partis politiques et des économistes, aucun gouvernement n’avait jusqu’alors réussi à mettre à mal cette vilaine pratique. Mais la donne à changé avec la crise financière actuelle. Montrés du doigt pour leur responsabilité dans la bérézina boursière, les paradis fiscaux et leurs clients sont placés sous haute surveillance.
Mais chassez le naturel et il revient au galop, ou presque. Tandis que certaines banques s’associent aux autorités pour faire la chasse aux fraudeurs, d’autres les incitent à échapper à l’imp?t sur le revenu et à l’ISF. Et en toute légalité qui plus est ! Car défiscaliser n’est pas forcément pécher aux yeux de la loi et les établissements financiers commercialisent nombre d’offres sans que Bercy n’y trouve à redire.
Les deux produits phares sont les fonds d’investissement de proximité et les fonds commun de placement dans l’innovation. Tous deux ouvrent droit à une réduction d’imp?t égale à 25 % des versements retenus dans une limite de 12 000 euros pour les personnes seules et 24 000 euros pour les couples. Pour bénéficier de la réduction d’imp?t, les souscripteurs doivent prendre l’engagement de conserver les parts du fonds pendant 5 ans à compter de la souscription. ? Certes pour bénéficier de la déduction, il est nécessaire de respecter la durée de 5 ans, mais nous conseillons à nos clients de conserver le produit au mois 8 ans, compte tenu de la forte exposition au risque. Investir dans ce produit pour bénéficier d’une déduction ne peut être le seul objectif. La carotte fiscale ne doit pas être la seule motivation. D’autant qu’elle s’applique la première année uniquement ?, note un conseiller privé d’une agence bancaire parisienne, sous couvert d’anonymat.
Trop beau pour être vrai ? De nombreux clients pointent les inconvénients de ce type de placements : immobilisation des fonds, aucune garantie du capital investi, frais d’entrée pouvant atteindre 5 %. ? J’ai souscrit en 2007 un FIP sous les conseils de mon banquier, ce dernier me vend ce produit comme l’affaire du siècle, raconte Charles, retraité de la fonction publique. J’ai donc vidé mon livret A, et j’ai investi 7 000 euros. Certes, la première année, j’ai bénéficié d’une réduction fiscale, mais aujourd’hui je me retrouve avec une moins-value de près de 15 %. C’est un échec total, j’espère qu’à l’échéance de ce produit, je retrouverai mes billes au moins. Je me sens trahi, car j’ai la sensation que ma banque est la grande gagnante : tous les ans, elle me ponctionne des frais de gestion. ?
Une chose est s?re : la vente de ces produits est un enjeu commercial pour les banques, pas une ?uvre de bienfaisance. De là à dire qu’elles survendraient ce produit à leurs clients, il n’y a qu’un pas que certains sont prêts à franchir. ? Nous sommes seulement au mois de septembre, et dans nos réunions commerciales, nos animateurs nous parlent déjà de la défiscalisation. Nous devons durant nos entretiens, conna?tre le taux d’imposition de chacun de nos clients, afin d’établir une liste qui nous servira au moment du lancement du produit. Il est indispensable de préparer cette commercialisation car toutes les banques proposent le même type de produit. En théorie, on doit recevoir le client, mais compte tenu de la concurrence, on n’hésite pas à le vendre par téléphone et à adresser le contrat par courrier ?, confesse notre conseiller bancaire.
Les banques sont d’autant plus actives sur ce segment que de nouveaux acteurs ont fait leur arrivée. Flairant l’aubaine, des intermédiaires financiers se sont spécialisés dans la défiscalisation. Et dans certaines de ces officines, il y a fort à parier que la commercialisation de ces produits rime avec la vente à tout prix.
Est-ce à dire que lorsqu’un conseiller financier vous expose une solution miraculeuse pour payer moins d’imp?ts, constituer un patrimoine et préparer la retraite, c’est une arnaque à la défiscalisation ? S?rement pas. Mais c’est à vous de faire le bon choix : prenez votre temps, comparez les frais d’entrée et les frais de gestion, faites jouer la concurrence ; car c’est un engagement à long terme. Et qui dit long terme dit prudence.
Chaker Nouri
fausse montre
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